Au péril de la mer

 

2896942254Résumé

Aux belles heures de sa bibliothèque, le Mont-Saint-Michel était connu comme la Cité des livres. C’est là, entre les murs gris de l’abbaye, que trouva refuge, au quinzième siècle, un peintre hanté par le souvenir de celle qu’il aimait. C’est là, entre ciel et mer, que le retrouvera cinq cent ans plus tard une romancière qui cherche le pays des livres. Ils se rencontreront sur les pages d’un calepin oublié sous la pluie.

 

 

 

Mon avis

J’ai lu ce livre parce que j’avais adoré Du bon usage des étoiles, du même auteur. Malheureusement, ce livre-ci ne l’aurait pas fait pour moi.

Au péril de la mer mélange trois histoires. Celle du Mont St-Michel, celle d’un peintre et celle de l’autrice. La première moitié du roman raconte la construction du Mont, son histoire, les gens qui y ont habités, etc. Pour ce qui est de l’histoire du peintre, on se concentre surtout sur sa relation amoureuse avec une femme. Les extraits qui parlent de l’autrice ne sont pas très présents, mais elle fait surtout référence à son enfant.

Ce livre m’a paru terriblement long. Il ne fait même pas 200 pages et il m’a paru interminable. C’est dû à ces premières pages qui parlent de l’origine du Mont, je crois. Au début, j’étais bien contente de découvrir un peu son histoire. Un peu. Pas pendant plus de 50 pages. C’est ce qui a rendu ma lecture aussi pénible. Les détails insignifiants ne m’intéressaient pas. Je me dis qu’elle aurait pu couper plusieurs passages. Et pourtant, je me répète, mais le livre ne fait que 178 pages, il est tout petit ! Les deux autres histoires, celle du peintre et de l’autrice, ont été un plaisir à lire, mais ils étaient beaucoup trop rares à mon avis. Je pense que ce roman n’était tout simplement pas fait pour moi.

Le seul point qui a sauvé ma lecture est la prose de Dominique Fortier. Je suis en amour devant sa plume depuis que j’ai lu Du bon usage des étoiles. Ses mots sont poétiques et sa voix est touchante. Je lirai volontiers tous les livres qu’elle a écrits, juste pour retrouver sa plume.

Ce livre a donc été une grosse déception pour moi, mais je relirai sans doute un autre de ses livres. J’aurai toutefois une approche plus réticente et j’appréhenderai davantage mes lectures.

★★☆☆☆

FORTIER, Dominique, Au péril de la mer, Alto, 2016, 178 p.

Publicités

Irrésistible, Tendrement, Éperdument

 

Au début de l’été, je suis allée dans une librairie de livres usagés et j’avais trouvé ces trois tomes pour la modique somme de 3,50$ chaque. Ayant envie de les découvrir depuis un moment, je me suis dit que c’était maintenant ou jamais.

Si je vous fais la critique des trois livres en même temps, c’est qu’à mon sens ils se rejoignent grandement et qu’une chronique sur chacun deviendrait redondant.

Les trois premiers tomes de Lucky Harbor mettent en scène trois demi-soeurs : Maddie, Tara et Chloé. Ayant récemment perdu leur mère, elles se retrouvent toutes à Lucky Harbor où leur mère tenait une auberge qu’elle leur a léguée. Une est emballée à cette idée, les autres non, mais elles devront trouver un moyen de s’entendre tout en apprenant à se connaître.

Chaque tome est celui d’une soeur et, on n’y échappera pas, de l’homme qu’elle rencontre. Maddie est timide et elle n’ose pas trop agir, Tara est une meneuse née et Chloé se met toujours dans des situations dangereuses. Je ne sais pas trop quel tome est mon préféré, je dirais le premier pour Maddie et le deuxième pour Ford. Par contre, deux éléments, présents dans tous les tomes, m’ont vraiment plu : Lucky Harbor est une petite ville où tout le monde sait tout sur tout le monde et les paysages sont à couper le souffle. J’ai pris plaisir à découvrir la ville en compagnie des trois demi-soeurs. Je pense que c’est surtout ce souvenir que je garde de cette histoire.

Bref, cette trilogie est synonyme de cocooning. Je l’ai lue l’après-midi, dehors, en buvant du thé, le soir bien emmitouflée dans mes couvertes et à chaque fois, j’étais bien. Évidemment, on devine toutes les grandes lignes à l’avance, il n’y a pas de réelle surprise, mais c’est pas grave. On le sait et on aime ça quand même.

*** Pour les intéressé(e)s, Lucky Harbor compte en fait plusieurs autres tomes qui reprennent des personnages présents dans la première trilogie. Pour ma part, les trois premiers tomes me suffisent. 

cropped-di9r4obbt.png

★★★★☆

SHAVIS, Jill, Irrésistible, Milady, 2012, 336 p.
SHAVIS, Jill, Tendrement, Milady, 2012, 384 p.
SHAVIS, Jill, Éperdument, Milady, 2012, 355 p.

Frankenstein ou le Prométhée moderne

frankenstein1931_1-1600x900-c-default

J’ai découvert Frankenstein pour la première fois il y a trois ou quatre ans. Je me souvenais avoir été subjuguée par la plume de Mary Shelley : c’est ce qui m’avait marquée le plus. Il y a quelques semaines, j’ai dû relire ce livre pour un cours. J’entrais donc dans cette lecture avec un sentiment chaleureux de savoir que j’allais passer un bon moment.

Frankenstein est une histoire connue de tous. Victor Frankenstein, un scientifique, décide un jour de contrer la mort et de créer la vie. Il passe plusieurs mois de dure labeur où il réussit finalement à donner la vie à une créature. Pris d’un dégoût épouvantable, il fuit immédiatement et laisser sa créature seule, sans aucune connaissance du monde.

J’ai réalisé cette relecture avec une mentalité différente et des yeux plus matures. Si Frankenstein m’avait charmée auparavant, ce n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui. Durant sa vie, Victor est condamné à souffrir, car il ne souhaite pas venir en aide à sa créature. Où certains pourrait y ressentir de la pitié, j’ai envie de crier : Tout est de sa faute ! Il crée une créature pour immédiatement l’abandonner, alors qu’elle est totalement dépendante de lui. Ainsi, j’ai ressenti de la pitié non pas pour le créateur, mais pour la créature. Elle est laissée à elle-même, sans personne avec qui vivre et sans aucune aide. Cette créature est devenue un monstre et il n’y a personne d’autre à blâmer que Victor Frankenstein.

J’ai aussi levé les yeux au ciel à plusieurs reprises. Je ne désire pas entrer dans les détails, mais plusieurs éléments sont incohérents. Je pense que c’est ce qui m’a le plus dérangée durant ma lecture. Le fait de donner vie à une créature montée de toutes pièces, cela relève de la science-fiction ou du fantastique, alors on peut y croire malgré tout. Mais cette histoire comporte trop d’irrationalisme pour qu’on y croit vraiment. Comment une créature deux fois plus grosse qu’un homme peut se balader en ville sans ne jamais être vue par personne d’autre que Victor ?

Revenons au point qui m’avait fait autant aimé Frankenstein lors de ma première lecture : la plume de Mary Shelley. Encore aujourd’hui, je considère Mary Shelley comme une grande autrice, mais il me semble que son texte m’a moins charmée que la première fois. Peut-être, justement, parce que c’était la deuxième fois que je le lisais. Certes, Frankenstein demeure un roman incroyablement bien écrit qui possède un travail de précision sur la forme.

Avec cette relecture, le souvenir le plus marquant que je garde de ce livre est sans aucun doute l’injustice avec laquelle la créature a été traitée. Malgré son physique rebutant, j’aurais parfois souhaité la prendre dans mes bras et lui montrer que tous les humains ne sont pas aussi immondes que Victor Frankenstein et qu’elle pourrait, elle aussi, connaître la sérénité et le bonheur.

cropped-di9r4obbt.png

9782253088752-001-T

En expédition vers le pôle Nord, Robert Walton adresse à sa soeur des lettres où il évoque l’étrange spectacle dont il vient d’être le témoin depuis son bateau : la découverte, sur un iceberg, d’un homme en perdition dans son traîneau. Invité à monter à bord, Victor Frankenstein raconte qu’il n’est venu s’aventurer ici que pour rattraper quelqu’un — qui n’est autre que la créature monstrueuse qu’il créa naguère, et qui s’est montrée redoutablement criminelle.

★★★☆☆

 

SHELLEY, Mary W., Frankenstein, Marabout, Belgique, 1978, 327 p.

L’automne, le bonheur

f68ac947

Ce matin, 27 septembre, c’est l’automne. Enfin. Alors que je n’y croyais pratiquement plus, la chaleur a fini par nous quitter. L’automne a toujours été pour moi synonyme de réconfort et de bien-être. Quand j’ai vu qu’elle se faisait attendre, j’étais bien malheureuse. Mais aujourd’hui, c’est fini : je peux enfin m’enrouler dans mes foulards en portant deux ou trois couches de vêtements en dessous. Le bonheur.

L’automne, malgré tout l’amour que je lui porte, est aussi synonyme de retour à l’école. Même si j’aime mes cours, il est parfois difficile de trouver du temps pour soi afin de se reposer et de faire quelque chose qu’on aime, tout simplement. Ce matin,  je me suis retrouvée accablée par ce sentiment de devoir à tout prix étudier, alors que j’avais envie de plonger dans ma lecture en cours et de boire un thé chaud. Parce que l’automne est enfin arrivé. Alors je l’ai fait. Je me suis posée une petite heure et j’ai lu en sirotant mon thé. Et je me suis sentie bien. Le bien-être ne demande pas forcément un gros effort. Les petites choses sont souvent synonymes d’un grand réconfort.

large

Pour moi, le réconfort c’est un matin passé à lire en buvant du thé à l’infini, c’est passer une journée chez mes grands-parents à rire avec mon papi et à tricoter avec ma mami, c’est faire une sieste avec mon chat qui ronronne dans mes bras, c’est aller marcher dans la forêt seule ou avec une amie, c’est regarder un film avec des bougies comme seule source de lumière, c’est écouter des chansons douces sur 8tracks. Et toutes ces choses me semblent mille fois mieux lorsque les feuilles des arbres changent de couleurs et que le vent est (enfin) frais.

Si le bonheur était une saison, ce serait l’automne.

 

Eliza and Her Monsters

eliza-greenwillow-books

Au mois d’août, je suis allée pour la première fois au Quartier Dix30 avec une amie. Bien évidemment, il fallait s’arrêter à la librairie Indigo. On y est même allée deux fois. Une fois pour flairer le périmètre un peu et la deuxième fois, pour faire des achats réfléchis. À peine quelques minutes après être entrées, la pluie a commencé et il a été rapidement impossible de mettre un pied dehors. À mon plus grand bonheur. Finalement, mon choix s’est arrêté sur Eliza and Her Monsters, dont mon amie Sandrine m’avait parlé et que j’avais vu sur la chaîne YouTube de A Clockwork Reader.

Eliza and her Monsters raconte l’histoire d’Eliza, une jeune fille solitaire qui préfère de loin rester chez elle, recluse, à travailler sur son web comic Monstrous Sea qui comptabilise plus d’un million de lecteurs. Durant l’année scolaire, un nouvel élève transfert dans son école : Wallace. Ce dernier s’avère être un des plus grands fans du web comic d’Eliza, même qu’il en a fait une fanfiction qui compte elle aussi plusieurs lecteurs. Le seul hic, Eliza ne souhaite pas lui réveler qu’elle est l’auteure de Monstrous Sea. Ses deux personnages vont tranquillement s’apprivoiser tout en plongeant dans l’abîme, les yeux fermés.

J’ai commencé ce livre un soir d’août vers 21h. Et je l’ai terminé le lendemain, vers 19h. Ces vingt-quatre heures, je les ai passées obnubilées par cette histoire et ces personnages. Je me souviens avoir trouvé pénible de devoir sortir de la maison pour faire des courses parce que ça signifiait que je devais arrêter de lire. Il y a de ces livres qu’on souhaite lire lentement pour les faire durer, Eliza and Her Monsters fait parti d’une autre catégorie: il est l’un de ces livres, pour moi, qu’on ne peut tout simplement pas arrêter de lire. Tout de cette histoire m’a envoûté. Eliza est une jeune fille en qui je me suis complètement retrouvée : elle préfère la solitude à la compagnie des autres, elle est passionnée d’arts et, surtout, elle a peur de prendre la place qui lui revient.

I learned years ago that it’s okay to do this. To seek out small spaces for myself, to stop and imagine myself alone. People are too much sometimes. Friends, acquaintances, enemies, strangers. It doesn’t matter; they all crowd. Even if they’re all the way accros the room, they crowd. I take a moment of silence and think: 
I am here. I am okay.

Wallace, tant qu’à lui, est tout simplement adorable : il est attentionné envers Eliza et ne souhaite pas la brusquer. Il fait parti de ces anges qui gravitent doucement sur la Terre et auxquels il faut savoir s’agripper au bon moment : un clignement de yeux, ils ne sont pas encore là; un autre et ils sont déjà partis. J’ai rêvé avec ces deux-là, j’ai appris à les connaître sans pouvoir m’empêcher de les aimer et maintenant que j’ai refermé leur histoire, il y a un vide dans un coin de mon coeur. Mais aussi une certaine plénitude de savoir que ça existe, des gens comme Eliza et Wallace et qu’ils ont droit à leur histoire, eux aussi.

It makes no earthly sense how another person can do this. Not even with words, just touches. Just looks. He just looks at me and I feel simultaneously like myself and someone else, like I’m here and I’m not, like everything and nothing.

Je suis désolée si cette chronique est un peu brouillon et pêle-mêle, mais je pense que je n’arriverai jamais à trouver les mots adéquats pour parler de ce livre. Il est… Il est tout ce dont je peux demander à un livre d’être. Il est tout.

cropped-separateur.png

31931941In the real world, Eliza Mirk is shy, weird, and friendless. Online, she’s LadyConstellation, the anonymous creator of the wildly popular webcomic Monstrous Sea. Eliza can’t imagine enjoying the real world as much as she loves the online one, and she has no desire to try.
Then Wallace Warland, Monstrous Sea‘s biggest fanfiction writer, transfers to her school. Wallace thinks Eliza is just another fan, and as he draws her out of her shell, she begins to wonder if a life offline might be worthwhile.
But when Eliza’s secret is accidentally shared with the world, everything she’s built-her story, her relationship with Wallace, and even her sanity- begins to fall apart.

COUP DE COEUR 

ZAPPIA, Francesca, Eliza and Her Monsters, New York, HarperCollins, 2017.

Un amour rythmé par la folie

Tango Painting by willem haenraets; Tango Art Print for sale
Williem Haenraets

J’ai emprunté ce livre à la bibliothèque un peu sur un coup de tête. J’avais entendu des avis très positifs à son sujet et comme il est très court, je me suis laissée tenter. Je ressors toutefois très mitigée de cette lecture et je ne suis toujours pas certaine d’avoir aimé ou non.

En attendant Bojangles raconte l’histoire d’une petite famille de trois. La mère, chef du trio, a un caractère très imprévisible ce qui fait que le père et le fils n’ont aucune idée à quoi s’attendre avec elle. Elle est heureuse puis triste, enjouée puis en colère, mais toujours amoureuse. C’est un roman sur l’amour qui amène le lecteur à se demander si ce sentiment a raison d’être plus fort que tout.

Comme je l’ai mentionné plus tôt, j’ai un avis assez mitigé. Dès le début, la mère est atypique : elle demande à son mari de l’appeler par un différent prénom à chaque jour, elle vouvoie son fils et elle lui offre une éducation bien spéciale. Rapidement, on se rend compte qu’elle est atteinte d’une maladie mentale. Et le père embarque dans son jeu. C’est là que ça m’a posé problème. Je peux comprendre l’attrait d’une vie de fantaisie où on ne sait jamais si un élément est vrai ou faux, où chaque jour est une opportunité de créer un monde nouveau et de fêter, mais quand cela touche un enfant, je ne suis plus tellement en accord avec ce mode de vie. En fait, j’ai trouvé le père égoïste. Il aime sa femme, il aime la vie de frénésie qu’il a crééé avec elle, mais le petit garçon devra éternellement se remettre de cette enfance bric-à-brac. Certes, ses parents sont une des plus belles preuves d’amour qui soit, mais ce n’est pas suffisant à mes yeux. Vous voyez un peu mon dilemme : j’accepte leur amour fou mais je refuse qu’un enfant soit déboussolé pour le restant de ses jours.

Le problème c’est qu’elle perdait complètement la tête. Bien sûr, la partie visible restait sur ses épaules, mais le reste, on ne savait pas où il allait.

Le point fort du roman, élément qui fait que j’ai persisté dans ma lecture quand j’avais envie de tout arrêter, est la prose de l’auteur. En grande majorité, l’enfant est le narrateur de l’histoire et j’aimais son ton naïf, mais aussi rempli de sens. L’enfant voit bien que sa mère a un problème, que ses crises récurrentes ne sont pas normales, mais malgré tout, il continue à l’aimer, à lui trouver des excuses et à tout faire pour lui conserver ses illusions. En fait, la mère est un peu l’enfant dans cette famille. Quand ce n’est pas l’enfant qui raconte, le lecteur a accès au journal du père. Ce sont des passages qui aident énormément pour comprendre l’état de la mère et pour apporter quelques précisions. Peu importe les passages, Olivier Bourdeaut a une très belle plume et je serais bien contente de le voir publier un deuxième livre.

Bref, je suis encore bien perplexe face à cette lecture. Je pense qu’elle pourrait plaire à plusieurs, car le sujet est intéressant et touchant, mais en même temps… je ne sais pas. Je suis bien déboussolée moi-même.

cropped-separateur.png

en-attendant-bojangles

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur « Mr. Bojangles » de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mlle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

★★★☆☆

BOURDEAUT, Olivier, En attendant Bojangles, Finitude, 2015, p. 158.

Le Club des Incorrigibles Optimistes

c9621da1537adacd6628a4989d7d92b2

Ce roman reposait dans ma bibliothèque depuis une éternité, quand mon amie Océane (m’a annoncé qu’elle comptait le lire prochainement. Sans aucune hésitation, je lui ai proposé de faire une lecture commune.

Le Club des Incorrigibles Optimistes a comme narrateur le jeune Michel Marini. À tous les jours, il va jouer au baby-foot au Balto. Curieux, il découvre rapidement ce qui se cache derrière la porte de l’arrière-salle: un club d’échec. Là, il fera la rencontre de plusieurs hommes qui changeront sa vie. Et la nôtre du même coup.

L’intrigue tourne principalement autour des personnages du Club. On veut connaître leur passé et ce qui fait qui ils sont aujourd’hui. Rapidement, l’auteur nous fait comprendre qu’il y a un problème entre Sacha et tous les autres membres, mais surtout Igor. Michel, tant qu’à lui, essaie tant bien que mal de réussir à l’école tout en ayant une famille plutôt dysfonctionnelle qui lui cause bien des soucis.

Je n’ai jamais compris comment on pouvait dire une chose et faire son contraire. Jurer qu’on aime quelqu’un et le blesser, avoir un ami et l’oublier, se dire de la même famille et s’ignorer comme des étrangers, revendiquer des grands principes et ne pas les pratiquer, affirmer qu’on croit en Dieu et agir comme s’il n’existait pas, se prendre pour un héros quand on se comporte comme un salaud.

Au tout début, ce qui m’a vraiment plu, c’est l’atmosphère littéraire. Elle est très présente. Michel est un passionné de littérature : il lit sans arrêt, en marchant, en cours au lieu d’écouter le prof, tout le temps. Lorsqu’il découvre un auteur, il lit tous ses livres, du premier au dernier, avant de changer d’auteur. Le fait qu’il aime autant lire l’a rendu très attachant à mes yeux. Les chapitres où on le suit dans son quotidien étaient aussi mes préférés. Dans les autres, on suivait les personnages du Club dans leur vie privée -bien souvent en Russie- et parfois, je trouvais les pages un peu longues. Retrouver Michel était un plaisir à chaque fois. J’ai aimé le suivre dans sa vie, comme dans ses lectures.
Toutefois, ce qui fait vraiment la force de ce roman à mes yeux, c’est la relation entre tous les membres du Club. Ce sont tous des hommes, plutôt âgés, qui ont quitté leur pays pour trouver refuge à Paris. C’est ce qui les unit. Et jamais bien loin, il y a Michel. Ils passent leur temps à jouer aux échecs, mais ils sont toujours présents si l’un des leurs a un problème. J’aurais aimé être à la place de Michel pour pouvoir passer du temps avec eux. Avec le temps, ils sont devenus des frères et c’est beau à voir. Malgré tout. J’ai eu un faible pour Leonid et Sacha.

Il y a dans la lecture quelque chose qui relève de l’irrationnel. Avant d’avoir lu, on devine tout de suite si on va aimer ou pas. On hume, on flaire le livre, on se demande si ça vaut la peine de passer du temps en sa compagnie. C’est l’alchimie invisible des signes tracés sur une feuille qui s’impriment dans notre cerveau. Un livre, c’est un être vivant.

La plume de Guenassia est très belle. Je ne m’attendais pas à grand chose et j’ai été bien surprise. Elle est précise et on voit que chaque mot a bien été réfléchi. Il s’agit d’un roman travaillé puisque l’auteur a mis six ans à l’écrire et on peut bien voir que toutes ces années de travail ont porté fruit. Un autre élément qui m’a fascinée est l’importance du premier chapitre. Sur le coup, je l’ai lu et évidemment, je n’ai pas trop compris, mais quand j’ai refermé le livre, j’ai relu le premier chapitre et ça m’a marquée de voir à quel point le travail de Guenassia est intelligent et recherché. Bref, je lirai certainement un autre de ses livres.

Quand j’ai tourné la dernière page, j’étais triste. Parce que la fin déchire le coeur et parce que je ne voulais pas quitter cette histoire. Mais c’était une tristesse qui ne faisait pas trop mal. Alors que j’ai pris un peu de recul et que j’écris ces lignes, je me sens soudainement nostalgique. Un sentiment qui sert le coeur. Puisque je réalise que j’ai définitivement quitté les personnages de ce roman. Et qu’ils n’y en aura jamais d’autres comme eux.

C’est un livre à lire. Absolument. C’est un roman porteur d’espoir. J’ai aimé cohabiter avec ces personnages, les aimer, mais aussi les détester par moment. Une chose est certaine, je les porte désormais tous dans mon coeur. Pour toujours.

separateur

9782253159643-001-TMichel Marini avait douze ans en 1959, à l’époque où du rock’n’roll et de la guerre d’Algérie. Il était photographe amateur, lecteur compulsif et joueur de baby-foot au Balto de Denfert-Rochereau.
Il y a rencontré Igor, Léonid, Sacha, Imré et les autres, qui avaient traversé le Rideau de Fer pour sauver leur peau, abandonnant leurs amours, leur famille et trahissant leurs idéaux. Ils s’étaient retrouvés à Paris dans ce club d’échecs  d’arrière-salle que fréquentaient aussi Kessel et Sartre. Ils étaient liés par un terrible secret. 
Cette rencontre bouleversa la vie du jeune garçon. Parce qu’ils étaient tous d’incorrigibles optimistes.

COUP DE COEUR 

 

GUENASSIA, Jean-Michel, Le Club des Incorrigibles Optimistes, Albin Michel, 2009, 729 p.