De la poésie jusqu’en Arctique

Icebreaker ship, Beaufort Sea, U.S.A.
Le brise-glace canadien Louis S. St-Laurent, se frayant un chemin à travers les glaces du bassin canadien en mer de Beaufort, Alaska. © Paul Nicklen/National Geographic Stock / WWF-Canada

Quand j’ai pris ce livre entre mes mains, j’ai su qu’il allait me marquer. Je pense qu’il est arrivé au moment où j’en avais le plus besoin: je voulais un livre qui me charme en me transportant ailleurs. Je rêvais d’évasion pour un moment.

Du bon usage des étoiles raconte plusieurs histoires. On suit Francis Crozier, sir John Franklin, leurs matelots et les femmes qui occupent leur coeur. L’histoire principale est celle qui se déroule sur les navires. On partage le quotidien de plusieurs marins qui naviguent vers l’Arctique et qui, un jour, se retrouvent prisonniers de la glace. Ils n’ont alors qu’un seul choix: attendre que la glace se dissipe. Et comment font-ils pour oublier le froid qui s’empare pas à pas de leurs os? Ils se réchauffent avec l’Art.

Perlerorneq. C’est le mot par lequel les Esquimaux nomment ce sentiment rongeant le coeur des hommes pendant l’hiver qui s’étire sans fin et où le soleil n’apparaît plus que de loin en loin. Perlerorneq. Rauque comme la plainte d’un animal qui sent la mort approcher.

Si j’ai autant apprécié ma lecture, c’est grâce à deux éléments. Le premier est l’atmosphère froid que l’histoire dégage et qui nous donne comme seule envie de nous réchauffer avec un bon thé chaud. Comme les matelots, on se sent attaqué par le froid arctique et le confort de notre lit semble encore plus élevé. Ensuite, la présence de la littérature sous toutes ses formes m’a touchée. Dominique Fortier nous offre de la poésie, du théâtre, de la lecture: elle nous montre que quand il n’y a plus rien, il y a encore l’Art. Et que s’il ne peut pas nous sauver, il peut au moins nous maintenir en vie.

Francis Crozier est le personnage auquel le lecteur a le plus accès puisqu’il se confie à travers son journal de bord. Comment ne pas s’y attacher ? Il est amoureux, mais prisonnier de sa solitude. À plusieurs reprises, il fait face à des situations sans lendemain qui le pousse à prendre de graves décisions. Je me souviendrai de lui pour sa sensibilité et sa force qui font de lui un grand homme.

Crozier savait mener des hommes dans la bataille comme dans la paix, il savait lire la mer et le paysage, les nuages et les astres, il savait le grand corps de bois de son navire aussi sûrement que celui d’un chien fidèle, mais il ignorait et ignorerait toujours comment présenter une tasse de liquide tiède et acide à une dame de manière à ce qu’elle s’en régale et se considère comme son obligée. Pour cela, il aurait troqué le reste sans hésitation.

Dominique Fortier possède une de ses plumes qui se savoure doucement. Je me sentais comme un enfant le jour de Noël devant ses mots: j’étais émerveillée. Devant un style d’écriture qui nous plait à ce point, on a tendance à toujours en redemander plus. Toutefois, avec cette autrice, j’étais constamment comblée. Je n’avais pas cette soif qui me commandait à toujours continuer à lire. Je dégustais chaque phrase, chaque mot avec un plaisir divin.

Du bon usage des étoiles, c’est un livre qu’on lit seul, emmitouflé sous les couvertes avec un faible éclairage. Pour se protéger du froid et pour se rappeler que l’Art nous est offert afin de nous réchauffer le coeur.

À lire en écoutant cette chanson… 

 

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129 hommes, deux navires, 45 tonnes de nourriture et une tonne de thé.
Trois années passées dans les glaces de l’Arctique et puis l’éternité.

Mai 1845, le Terror et l’Erebus, sous le commandement de sir John Franklin, partent à la conquête du mythique passage du Nord-Ouest avec, à leur bord, suffisamment de provisions pour survivre des années aux rigueurs de l’Arctique. Les navires se retrouvent bientôt prisonniers des glaces, et un nouveau voyage s’amorce, immobile celui-là, dont Francis Croznier, second de l’expédition, rend compte dans son journal, évoquant le froid, la faim, le désespoir qui guette les hommes. Pendant ce temps, en Angleterre, celle qu’il aime multiplie les bals et les thés en compagnie de sa tante lady Jane Franklin, prête à tout pour retrouver son mari.

_________________COUP DE COEUR 

FORTIER, Dominique, Du bon usage des étoiles, Alto, 2010, 335 p. 

 

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2 réflexions sur “De la poésie jusqu’en Arctique

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