Un ermite dans les bois

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À chaque fois que j’allais à la librairie, je voyais ce livre. Et je ne l’achetais jamais. Je ne vous raconte pas ma joie quand je l’ai trouvé d’occasion: j’ai littéralement sauté dessus.

Dans les forêts de Sibérie raconte l’histoire de l’auteur lui-même lors de son périple de six mois en Sibérie. En fait, ce livre est son journal intime, son journal de bord. Pour s’occuper, il écrit et il raconte ses journées. Pour en garder le souvenir aussi.

J’ai pris un réel plaisir à lire Sylvain Tesson et à savourer les petites parcelles de quotidiens qu’il partage. Rapidement, j’ai ressenti l’envie d’être à sa place et de n’avoir pour seule préoccupation la vie dans son état le plus vrai. Durant ces six mois, il ne fait que très peu de choses: il lit, il pêche, il se promène et il rend visite à ses voisins. Les efforts qu’il doit faire pour pêcher ou pour visiter ses amis sont tellement exigeants que lorsqu’il réussit, le sentiment de satisfaction est tellement jouissif. En société, il ne faut qu’aller à l’épicerie, payer la nourriture et la faire cuire. Et aucune réelle reconnaissance n’est présente. Dans le fond d’une forêt, lorsque Tesson réussit à pêcher quelques poissons pour son repas, il est extrêmement reconnaissant. Juste cet élément nous fait réfléchir sur la vie que nous menons en société. Je pense que c’est ce que j’ai le plus apprécié de ma lecture: elle nous fait voir la vie sous un autre angle.

« Il faudrait nous enlever un petit bout de néocortex à la naissance. Pour nous ôter le désir de détruire le monde. L’homme est un enfant capricieux qui croit que la Terre est sa chambre, les bêtes ses jouets, les arbres ses hochets. »

L’auteur m’a semblé très attachant aussi. Le genre de personne que je respecte complètement. Il s’était fait la promesse de vivre six mois dans les fonds d’une forêt et il a respecté cette promesse. Même si cela signifiait perdre une personne chère. Les personnes comme Tesson ont une liberté d’être qui, je pense, ne pourra jamais leur être enlevée.

« Je suis venu ici sans savoir si j’aurais la force de rester, je repars en sachant que je reviendrai. […] Il est bon de savoir que dans une forêt du monde, là-bas, il est une cabane où quelque chose est possible, situé pas trop loin du bonheur de vivre. »

Dans les forêts de Sibérie est sans aucun doute un grand coup de coeur pour moi. Le genre de livre qu’on relit à l’occasion, pour se remettre les idées en ordre et pour se rappeler que rien sur cette Terre ne nous est dû.

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Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelques temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.
J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché de vivre dans la lenteur et la simplicité.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à l’existence.
Et si la liberté consistait à posséder le temps?
Et si la richesse revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu.

COUP DE COEUR 

TESSON, Sylvain, Dans les forêts de Sibérie, Paris, Gallimard, 2011, 289 p. 

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