Sous la protection du baobab

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Le baobab fou de Ken Bugul est son premier roman. Il raconte l’histoire, fortement autobiographique, d’une jeune femme quittant son pays natal, le Sénégal, pour découvrir le Monde, soit la Belgique dans le cas présent. On peut s’en douter, mais la protagoniste sera rapidement désillusionnée et elle se laissera doucement tomber dans le côté sombre de l’Occident.

J’ai lu ce livre dans le cadre de mon cours d’Introduction aux littératures francophones. Il est clair que je n’aurais pas lu ce livre de mon plein gré. Toutefois, en connaissait les détails entourant l’auteur et son contexte, il est possible d’apprécier ce roman à sa juste valeur. Je pense qu’il peut être intéressant de vous mentionner que Ken Bugul n’est pas le réel nom de l’auteure, qu’elle s’appelle en réalité Mariètou Mbaye et que son pseudonyme signifie « celle dont personne ne veut ». En détenant cette information, je crois qu’on peut d’emblée voir l’oeuvre d’une nouvelle façon.

En francophonie, j’ai appris que le premier livre d’un auteur sert souvent d’explications, de préface aux autres oeuvres. Dans Le baobab fou, Bugul prépare bien le terrain. Elle parle de l’absence de la mère, de la mort du père qu’elle a à peine connu, de son enfance manquée, bref les thèmes majeurs de sa bibliographie. Elle les aborde très bien et il est difficile de rester impassible face à toutes ces révélations.

« Laissez, laissez les enfants vivre l’enfance. Aimez-les et mettez-le au chaud dans vos coeurs. »

Durant ma lecture, j’ai principalement porté attention aux thèmes de l’aliénation et de la désillusion. La protagoniste, en arrivant en Belgique, est rapidement désillusionnée. Elle se laisse embarquer dans une boucle infernale qui aura raison d’elle. L’Occident ne fait plus rêver. L’aliénation se voit dans la perte de soi par ce si grand désir de vouloir appartenir à un monde qui n’est pas le sien. Il y a quelque chose de très triste dans cet acte, car Ken ne gagne absolument rien à agir comme le fait. Elle ne fait que se perdre, déception après déception.

L’intrigue du Baobab fou est assez simple. Je ne cherche pas à généraliser, mais c’est un peu le même schéma qui se répète toujours: un Africain qui quitte son pays pour l’Occident et qui fait face à de nombreux problèmes. Cependant, la beauté de l’écriture de Ken Bugul fait une différence et c’est ce qui m’a permis d’apprécier ce roman et de ne pas m’ennuyer.

« J’avais mille choses à raconter, à échanger. L’amour, l’amitié, la tendresse. La violence de la solitude depuis la perle d’ambre dans l’oreille, depuis le départ de la mère, avait développé en moi la notion de l’autre dans des élans généreux. J’étais seule, comme seul un arbre savait l’être. »

Les personnages ne sont pas forcément attachants. J’ai ressenti de la pitié pour Ken, mais je ne crois pas m’être attachée. Il y a aussi tellement de personnages qu’il est difficile de s’attarder sur l’un d’eux en particulier.

Bref, j’ai bien aimé ma lecture et je suis contente d’avoir étudié ce roman en classe. Ken Bugul est une grande femme et écrivaine, il n’en fait aucun doute. Je me laisserai peut-être tenter par un autre de ses romans un de ces jours.

separateur

a8cd36c99e4b918ff938300ea4d5f23e★★★★☆

Au Sénégal, dans le Ndoucoumane, une petite fille en mal de mère grandit à l’ombre d’un baobab séculaire. Petite dernière, un peu en marge, elle découvre l’école française, comme un chemin de traverse qui va la mener aux études supérieures et au grand départ pour le « Nord référentiel, le Nord Terre promise ».
En Belgique, c’est le choc, le désarroi, les mille et une expériences et la découverte de ce Nord des promesses est aussi celui des allusions et des illusions.
Drogue, sexe, prostitution : un récit de vie et une publication par lesquels -il y a vingt-sept ans déjà- le scandale arrive ! Mais force est de constater que depuis, Le Baobab fou n’a pas pris une ride ! Sans doute parce que les réflexions qu’il soulevait, avec la franchise qui caractérise l’auteur, étaient des plus profondes : introspection fine à la recherche de soi et en quête d’appartenance, le portrait de la narratrice Ken Bugul pose aussi la question des conditions du dialogue et de la fraternité et dessine les rapports particuliers qu’entretient avec le Sud un Occident en plein désarroi qui réclame « sa part d’exotisme et de culpabilité ».
Des questions toujours d’actualité pour un livre fondateur et qui contient en germe toutes les réflexions des ouvrages à venir; une réédition qui permet aussi de redécouvrir la beauté d’une écriture réussissant l’équilibre précaire entre témoignage « choc » et transparence lumineuse des paysages d’enfance.

BUGUL, Ken, Le baobab fou, Paris, Présence Africaine, 2009, 222 p.

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