Un solitaire heureux

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Caspar David Friedrich, Le Moine au bord de la mer

Les Rêveries du promeneur solitaire est le premier livre que j’ai dû lire pour la session d’Hiver 2017. Je l’ai lu dans le cadre de mon cours de Littérature française moderne et même si je ne l’ai pas encore étudié en classe, j’ai décidé de vous partager mon avis malgré mes pauvres connaissances au sujet de Rousseau.

Pour étoffer mon article, j’ai fait quelques petites recherches et j’ai découvert que ce livre a été publié après la mort de Rousseau et qu’il était inachevé. Deux éléments que je n’ai pas forcément ressenti durant ma lecture, mais qui sont intéressants à savoir.

Rousseau écrit Les Rêveries vers la fin de sa vie où il se pose pour réfléchir sur la vie, sur les hommes et sur la société. Durant ma lecture, un aspect qui m’a marquée est que Rousseau est marginal -comme tous les philosophes, diriez-vous, et vous n’auriez pas tord. Pourtant, il a essayé de connecter avec les hommes, en vain. Et, n’ayant plus d’autres choix que d’abandonner, il s’enferme dans sa solitude où, finalement, il y trouve un certain confort. Et c’est ce qui m’a charmée de Rousseau : il est bien avec lui-même. Son bonheur ne dépend que de lui-même et je trouve remarquable qu’un homme arrive à cette conclusion.

« […] la source du vrai bonheur est en nous, et […] il ne dépend pas des hommes de rendre vraiment misérable celui qui sait vouloir être heureux. »

Au travers des promenades, Rousseau aborde plusieurs thèmes dont la nature, la vérité, la connaissance, le bonheur, etc. Si je me souviens bien, la promenade que j’ai le plus apprécié est la sixième où l’auteur aborde cette idée que les hommes ne désirent apprendre que pour enseigner, non pas pour le désir de simplement connaître. Il parle aussi de la question de la vérité : quand a-t-on le droit de mentir, quand est-il acceptable de mentir ? C’est très philosophique et donc complexe, mais très intéressant.

« […] sitôt qu’on ne veut apprendre que pour instruire, qu’on n’herborise que pour devenir auteur ou professeur, tout ce doux charme s’évanouit, on ne voit plus dans les plantes que des instruments de nos passions, on ne trouve plus aucun vrai plaisir dans leur étude, on ne veut plus savoir mais montrer qu’on sait[…]. »

Bien sûr, la lecture des Rêveries du promeneur solitaire demande une certaine concentration. Lorsqu’on saisit bien les propos de Rousseau, je pense qu’il est difficile de retourner auprès des hommes et de ne pas être dégouté par la majorité des comportements de ceux-ci. La solitude, même si elle fait mal parfois, semble être une bonne façon de trouver son propre bonheur intérieur. Chose certaine, à la fin de ces promenades, on a un autre oeil sur le monde.

« Est-il temps au moment qu’il faut mourir d’apprendre comment on aurait dû vivre ? »

separateur

les-reveries-du-promeneur-solitaire_couv  ★★★★☆

En sortant d’une longue et douce rêverie, en me voyant entouré de verdure, de fleurs, d’oiseaux et laissant entrer mes yeux au loin sur les romanesques rivages qui bordaient une vaste étendue d’eau claire et cristalline, j’assimilais à mes fictions tous ces aimables objets ; et me trouvant enfin ramené par degrés à moi-même et à ce qui m’entourait, je ne pouvais marquer le point de séparation des fictions aux réalités ; tant tout concourait également à me rendre chère la vie recueillie et solitaire que je menais dans ce beau séjour.

ROUSSEAU, Jean-Jacques, Les Rêveries du promeneur solitaire, Gallimard, 1972, 134 p.

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5 réflexions sur “Un solitaire heureux

  1. Je déteste Rousseau mais vraiment, c’est l’auteur que j’arbore le plus je pense car j’ai toujours l’impression qu’il se plaint et se victimise bien qu’il ait un style lyrique qui me plait atrocement.

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    • Je n’ai pas aimé l’étudier en cours, mais j’apprends à l’aimer tranquillement je pense. Je suis d’accord avec toi, il se victimise beaucoup. Toutefois, j’adhère bien à cette idée que la société n’est pas forcément bonne pour l’homme et que la nature a tant à offrir. 🙂

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  2. Ah Rousseau….
    J’ai fait mon mémoire de M1 sur son oeuvre… Bon après avoir lu quasiment tous ses livres pendant un an, et travailler sur lui sans relâche, à la fin je frôlais l’overdose. Mais son écriture est tellement sublime. Chaque phrase est une forme de vie à elle toute seule. Ses Confessions sont passionnantes. Enfin bref, j’ai un amour infini pour cet auteur. Et je comprends tout à fait aussi ce qu’Ambroisie en dit. Car effectivement, Rousseau (selon lui) est le grand rejeté de la société, mal-aimé, incompris qui a fini par se replier pour écrire ses Rêveries dans lesquelles soi-disant aucun lecteur n’y est convoqué. Oeuvre fait pour lui seul. Moui moui moui. Il faut juste ne pas se faire prendre à ce petit jeu, et écouter, et apprécier et aimer follement son oeuvre, son écriture poétique, sa très grande philosophie, et sa clairvoyance…

    Aimé par 1 personne

    • On ne m’avait jamais parlé de Rousseau comme tu viens de le faire! Il est beaucoup étudié en philosophie et la plupart des gens que je connais semble le détester, mais je ne sais pas trop pourquoi… Je note pour les Confessions, j’essayerai de le trouver d’occasion. Merci!!

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