Rien ne s’oppose à la nuit • Delphine de Vigan

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Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre.
Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence.

Rien ne s’oppose à la nuit, écrit par Delphine de Vigan
et publié aux Éditions Jean-Claude Lattès en 2011
400 pages

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À la base, je ne pensais pas lire ce livre. Je le voyais souvent en librairie, mais il ne me tentait pas tellement. Cependant, pour mon anniversaire, j’ai demandé D’après une histoire vraie de cet auteur et j’ai lu qu’il était conseillé de lire Rien ne s’oppose à la nuit en premier. C’est maintenant chose faite et j’ai l’impression d’avoir découvert une nouvelle Delphine de Vigan, que je n’avais pas connu dans No et moi ou dans Les Heures souterraines.

Rien ne s’oppose à la nuit commence lorsque Lucile, la mère de Delphine, est retrouvée morte dans sa chambre. Au début, on croit à une mort soudaine, mais l’auteur est claire avec nous: sa mère s’est suicidée. L’histoire est bâtie sur cet événement: pourquoi a-t-elle mis fin à ses jours ? D’où vient ce mal-être qui l’habitait ? Du mieux qu’elle le peut, Delphine de Vigan revient sur la vie de sa mère, et la sienne du même coup, et tente de guérir.

« Je sais aujourd’hui l’état de tension particulier dans lequel me plonge cette écriture, combien celle-ci me questionne, me perturbe, m’épuise, en un mot me coûte, au sens physique du terme. Sans doute avais-je envie de rendre un hommage à Lucile, de lui offrir un cercueil de papier — car, de tous, il me semble que ce sont les plus beaux — et un destin de personnage. Mais je sais aussi qu’à travers l’écriture je cherchais l’origine de sa souffrance, comme s’il existait un moment précis où le noyau de sa personne eût été entamé d’une manière définitive et irréparable, et je ne peux ignorer combien cette quête, non contente d’être difficile, est vaine. »

Je ne peux pas et je ne vais pas dire que ce livre est bon, que c’est une bonne lecture. Comment qualifier un tel sujet de bon ? Ce livre, c’est une histoire d’une tristesse inconcevable. On plonge dans la vie d’une famille qui essaie tant bien que mal de se tenir les coudes, mais à un moment, quand il n’y a que des drames, que des mauvais souvenirs, il est bien dur de rester debout tous ensemble.

Le charme de ce livre réside dans la plume de l’auteur, dans sa façon de vulgariser les choses. On n’est que spectateurs dans toute cette histoire, mais on finit par avoir l’impression d’y vivre et d’en faire partie à part entière. À force d’être témoin de ces tragédies, on commence à perdre la tête nous aussi.

Ce qu’il y a de plus admirable dans cette histoire de famille déchirée, c’est l’amour qui demeure et qui essaie de trouver un peu d’air dans cet atmosphère empoisonné. Parce qu’on en vient à se demander comment Delphine peut aimer sa mère. C’est atroce, mais on se le demande quand même. Et pourtant à la fin, après toutes les blessures, après toute la douleur, l’amour est présent. Il est là et il est fort. Peut-être est-ce vrai alors, que l’amour vaincra toujours…

« Parfois je rêve au lire que j’écrirai après, délivrée de celui-ci. »

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2 réflexions sur “Rien ne s’oppose à la nuit • Delphine de Vigan

  1. Je croyais que c’était une autobiographie mais pas sur le suicide de sa mère du coup rien que de lire ta chronique ça me touche extrêmement (j’ai eu la même expérience mais la mienne est encore en vie). Je pense que je vais le lire du coup !

    Aimé par 1 personne

    • Si le sujet te touche de près, c’est clair que cette lecture va te toucher. Fais attention même je te dirais, car la mère de Delphine est tout qu’un personnage..

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