Franny et Zooey • J.D. Salinger

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Salinger. Je l’aime d’amour. La personne qu’il est m’a toujours fascinée au plus haut point. Grâce à lui, j’ai découvert Holden, mon Holden d’amour. Juste pour ça, je me sens redevable envers lui… Pourtant, ce n’est pas mon auteur favori. Ma lecture de Franny et Zooey confirme bien mes dires à ce sujet. Toutefois, il y a quand même un petit quelque chose qui me ramène toujours vers cet auteur… un petit quelque chose qui fait qu’il a bel et bien sa place dans mon cœur et dans ma tête et qu’étrangement, personne ne peut la lui prendre…

« – Nom de Dieu, dit-il, il y a quand même de belles choses dans ce monde, de belles choses. Nous sommes tous des timbrés et des imbéciles de chercher tant de complications. »

Le roman est divisé en deux nouvelles: Franny, publiée en 1995, et Zooey, publiée en 1957, puis réunies en un seul livre en 1961. La première nouvelle relate deux journées dans la vie de Franny lorsqu’elle rend visite à son copain Lane pour le weekend. Pendant un repas au restaurant, Franny se met légèrement à divaguer et elle est prise d’un soudain malaise spirituel. Elle se révèle être obsédée par l’histoire d’un pèlerin qui ne fait que répéter une prière sans arrêt. Décidant d’apprendre à réciter cette même prière aussi souvent qu’elle le peut, elle sombre rapidement dans une dépression nerveuse. Deux jours plus tard, nous la retrouvons chez elle en compagnie de sa mère, Bessie, et de son frère, Zooey. Très inquiets, ils essaieront de la guérir du mieux qu’ils le peuvent.

Quand j’ai commencé ma lecture, j’étais très emballée de pouvoir enfin découvrir un autre livre de Salinger. Malgré mon amour inconditionnel pour l’Attrape-coeurs, je n’avais pas de grandes attentes pour ce livre-ci. J’étais consciente que l’Attrape-coeurs, c’est le succès international de Salinger, qu’il a été connu uniquement grâce à ce livre-là, qu’il était un peu un « one hit wonder ». J’ai quand même sauté à pieds joints dans Franny et Zooey et malgré ma déception assez fracassante, je suis contente de m’être plongée une seconde fois dans la tête de Salinger.

La façon dont le livre commence m’a complètement conquise. Salinger s’adresse à nous personnellement pour nous présenter son livre et ses personnages. Je me sentais proche de lui, comme si j’étais assise dans le salon avec lui et qu’il me parlait.

« Ce qu’il voulait exprimer, autant qu’on pût en juger, c’était le regard fixe d’un amoureux de la solitude qui, une fois sa solution envahie et piétinée, n’approuve pas tout à fait l’envahisseur de se lever et de s’en aller tout simplement, en deux temps trois mouvements, comme ça. »

La première nouvelle m’a aussi grandement plu. Franny apparaît comme une jeune fille très cultivée qui aime parler et partager ses émotions. Elle m’a charmée par ce côté franc et honnête.Sa relation avec Lane, son copain, semble assez conflictuelle, mais l’auteur ne nous donne pas beaucoup de détails à ce sujet. J’aurais aimé que cette nouvelle soit plus longue; elle ne fait que 60 pages sur 255… J’étais bien prise dans l’histoire et puis, paf, Franny a son malaise et la seconde nouvelle commence.

Le début de cette deuxième nouvelle m’a ennuyée mortellement. Zooey, le frère de Franny, est dans sa baignoire lorsque sa mère entre pour lui parler. Elle y reste pendant près de la moitié de la nouvelle. Et leur conversation est sans but ! À partir de là, j’ai décroché. Le livre ne fait que 255 pages, j’aurais pu le lire très rapidement. Pourtant, ça m’a pris une bonne dizaine de jours avant de le terminer. C’est simple: je n’avais même pas envie de le lire… Cependant, les cinquante dernières pages sont beaucoup plus intéressantes. Zooey se décide enfin à aller parler à Franny à propos de son obsession spirituelle. C’est un peu le moment que j’attendais depuis le début. Du coup, j’ai pris plus de plaisir à lire durant ces pages. Zooey est un drôle de personnage. Il est très arrogant et imbu de sa personne. Pourtant, il a un certain côté fragile qui nous pousse à nous attacher à lui, même si parfois ses paroles sont ignobles. Même s’il est méchant avec Franny, on sent qu’il ne veut pas l’être, mais qu’il n’a d’autres choix d’agir ainsi s’il veut lui ouvrir les yeux sur la réalité. Je crois que je l’ai aimé, malgré tout.

« – […] C’est de tout le monde que je veux parler. Tout ce que fait tout le monde est tellement… enfin… non pas mal ou mauvais en soi, ni non plus mesquin ou forcément stupide. Mais tellement minable et dépourvu de sens et attristant. Et le pire, c’est que si on vit en bohème ou en artiste ou tout ce que tu voudras, c’est encore une façon d’être conformiste comme les autres, avec la différence que c’est une façon différente de se conformer. »

Bref, j’ai commencé ma lecture sur une bonne note et je l’ai terminée de la même façon, mais le milieu m’a assommée, littéralement. C’est certain que je garderai un drôle de souvenir de ces nouvelles. Je ne les ai pas forcément aimés, mais j’ai senti quelque chose de spécial émanant de Zooey, une grande détresse je dirais, beaucoup plus grande que celle de Franny même. Comme quoi Salinger est réellement un artiste doté d’un talent unique. Qu’est-ce que j’aurais donné pour le rencontrer…

★★☆☆☆

Franny et Zooey de J. D. Salinger, publié aux éditions Robert Laffont en 1962. 255 pages.

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