Si tu passes la rivière de Geneviève Damas

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Jeudi dernier, dans ma classe, nous avons reçu la visite de plusieurs auteurs belges. Ils étaient tous adorables (ou presque) et j’avais bien envie de découvrir l’un d’eux. Le même soir, je suis allée au Salon international du livre de Québec et mon choix s’est arrêté sur le petit roman de Geneviève Damas qui m’a complètement charmée.

« Il lui avait dit, son père, de ne jamais passer la rivière. À dix-sept ans, François se souvient encore de la mise en garde paternelle, alors qu’il était haut comme trois pommes. Il a grandi dans une ferme, où il a trouvé pour confidents Oscar et Hyménée, deux cochons, ses amis. Dernier d’une fratrie de cinq enfants, il voit bien qu’il ne ressemble pas aux autres. Il se demande pourquoi son père lui a fait jurer de ne jamais franchir la rivière, pourquoi il n’a pas connu sa mère, pourquoi sa soeur est partie de l’autre côté. À la recherche de réponses, il se lie d’amitié avec plusieurs villageois. Grâce à eux, il découvrira le mystère de ses origines et la personne par qui tout a commencé. »

Vite comme ça, le résumé ne m’attirait pas tellement. Ça n’avait pas l’air si extraordinaire que ça, sauf peut-être cette histoire d’amitié avec les cochons… Toutefois, quand j’ai lu la première phrase, les premières pages, j’ai été happée: je devais lire ce livre. Et c’est simplement à cause de la plume de Geneviève Damas. Je me doutais bien que ce petit roman risquait fort bien d’être un coup de cœur.

Si tu passes la rivière raconte l’histoire de François, un jeune garçon bien docile, mais qui vit dans une famille complètement dysfonctionnelle: sa mère et sa sœur ont déserté et l’un de ses frères s’est suicidé. Il ne reste plus que lui, son père et deux de ses frères. Sa soeur, Maryse, a décidé un jour de passer la rivière pour ne plus jamais revenir. François restera pour toujours hanté par cette rivière et surtout par ce qu’elle cache de l’autre côté. Malgré ses connaissances moindres sur sa vie et sur la vie en général, il est prêt à enfreindre toutes les règles pour découvrir où sont parties les deux femmes de sa vie. Et surtout, pourquoi l’ont-elles abandonné ? À sa façon, il mènera une quête pour découvrir tout ce qu’on lui a caché depuis sa plus tendre enfance.

« Je me disais alors que ma vie c’est comme une forêt où il n’y a pas de lumière, où j’avance seul et parfois avec un mot ou une phrase oubliée – parce que personne ne le sait, même si je reste de ce côté-ci, toute la journée dans ma caboche, je les cherche, la mère que j’aurais eue et ma Maryse, et je n’oublie pas Jean-Paul aussi -, c’est comme une clairière qui apparaît tout à coup et qui me donne la force de continuer à chercher encore et encore, parce qu’un jour tous les arbres auront disparu et je n’aurai plus peur, j’arriverai dans une prairie de fleurs et je le saurai alors que je suis sauvé. »

François est très curieux malgré son analphabétisme. Le jour, il s’occupe des cochons et le soir, il rend visite à son ami Roger, le curé, pour se faire raconter des histoires. Honnêtement, tout ce que fait ce garçon est adorable. Il est doux, amical et si attachant. Souvent, j’avais l’impression qu’il était mon petit frère, que je l’écoutais me raconter ses journées. Je ne pouvais m’empêcher de m’attacher à lui, de souhaiter que toute cette histoire se termine bien. Plus les pages défilaient, plus se rapprochait le moment où j’allais devoir le quitter et ça ne m’enchantait pas.

C’est peut-être drôle à dire, mais ce qui m’a le plus charmée dans cette histoire, autre que François, est la relation que ce jeune garçon partage avec ses cochons. Plus précisément avec Hyménée, une truie qui devient sa meilleure amie, sa confidente. Il lui raconte ses journées et il est persuadé qu’elle comprend tout, qu’elle le soutient dans ses projets. J’ai trouvé que c’était beau. Un peu naïf, mais beau. Il donne tellement de temps à cette truie, tellement d’amour. En Hyménée, il trouve une vraie amie, alors que personne ne se préoccupe de lui.

«[…] et j’ai soudain pensé à Hyménée et je me suis dit que j’avais bien de la chance, moi, d’avoir quelqu’un qui me comprenait et que peut-être que c’était ça qui lui manquait à mon Roger, un cochon comme le mien, qui ne te demande rien, qui est là pour toi, juste son museau contre le tien. »

Tant qu’à parler des personnages, autant parler de ceux que j’ai détesté aussi ! Le père et les frères de François sont tout simplement exécrables. Ils sont égoïstes et loin d’être solidaires. C’est bien triste, car je crois que François aurait bien apprécié partager une relation de confiance avec ses frères.

Malgré ma grande appréciation pour ce roman, j’ai été perturbée à quelques reprises. Comme François n’a pas l’habitude de converser avec des gens nouveaux, il n’arrive pas à déterminer ce qui est bien de ce qui est mauvais. Ses relations avec les femmes sont donc assez bizarres et embarrassantes. C’est le seul point qui m’a légèrement déplu, enfin, je ne peux pas dire déplu, mais plutôt choquée. Cependant, je ne pense pas que c’aurait pu être autrement puisque François est comme un bébé qu’on laisse se débrouiller seul. On se dit qu’il finira bien par apprendre…

«[…]et tout à coup j’ai pensé que la vie était belle. Pas belle comme quelque chose que tu observes dans une vitrine et qui ne t’appartient pas, qui ne t’appartiendra jamais et qui te nargue et te dit : « Ce n’est pas pour toi, petit » ; belle comme quelque chose de sanglant qui te tombe dessus par hasard, qui t’écorche, mais c’est ça la vie quand tu en es le centre, qu’il se passe quelque chose et que cela t’arrive à toi, tu peux dire alors qu’elle est belle, la vie. »

Un thème très présent dans ce livre, et dont il est important de parler, est le rôle de la mère, de la figure maternelle. Comme François n’a pas connu sa mère, on comprend rapidement qu’il lui manque quelque chose, qu’il a un vide en lui qui n’a jamais été comblé. C’est pourquoi c’est si important pour lui de découvrir la vérité sur sa mère et de retrouver Maryse, sa sœur qui agissait comme sa mère. C’est très touchant de voir à quel point le protagoniste est déterminé à atteindre son but. big-235186317cc

Bref, je ne peux que garder ce petit livre précieusement près de mon cœur. Je trouve dommage qu’il ne soit pas très connu, car c’est un vrai petit bijou qui fait du bien à l’âme. Je suis heureuse d’avoir acheté ce roman et je ne peux que souhaiter que vous aurez envie de le lire à votre tour.

★★★★★

Si tu passes la rivière de Geneviève Damas, publié aux éditions Luce Wilquin en 2011. 157 pages.

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